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Massimo Corti (Nouvelle)

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- Quelle classe notre Massimo, disait la Comtesse à deux des amies avec lesquelles elle prenait le thé de cinq heures accompagné de quelques biscuits suédois. Le printemps travaillait ces dames, toutes au minimum sexagénaires, et les orientait vers les idées légères.

- Est-il donc toujours aussi « vert »qu’on le prétend, ma chère ?

- Absolument, répondait la Comtesse en rosissant.

Massimo avait commencé très jeune dans la carrière de play-boy puis de gigolo italien. Il sévissait dans le milieu de la nuit, se partageant entre Paris et la Côte d’Azur. Qu’il était beau et charmant à l’époque ! Pendant plus de trente ans, il avait séduit, conquis un nombre incroyable de femmes de la haute société qui toutes tombaient en pâmoison rien qu’à l’énoncé de son nom. Dans un étourdissant tourbillon de fric et de paillettes, il avait traversé triomphalement trente glorieuses qui avaient été suivies de trente piteuses. Maintenant, les fraîches jeunesses ne s’intéressaient plus à lui et le repoussaient même ouvertement. Il ne se contentait plus que des anciennes qui lui étaient restées fidèles, autant dire un tout dernier carré. Sa vieille garde, quelques veuves, d’anciennes stars ou starlettes décaties, des divorcées délaissées et quelques rombières blasonnées de sa génération.

Il faut dire qu’il portait encore beau malgré ses soixante quinze ans. D’ailleurs, il en avouait effrontément dix de moins. Il se teignait les cheveux, était un client assidu des instituts de beauté pour homme et s’habillait chez les meilleurs tailleurs. Il n’avait jamais pu se décider à faire une fin et à se ranger comme on dit , tant il aimait les femmes, toutes les femmes et chaque nouveau minois qui passait à sa portée lui semblait plus joli, plus mystérieux ou plus intéressant que le précédent. Pourquoi se contenter d’un éternel même plat quand on peut goûter à tout ce que la nature féminine propose ? L’ennui, c’est que tout cela n’était plus vrai depuis longtemps. L’âge venu ne l’avait pas plus épargné qu’aucun autre. Il avait pris du ventre, des rides, perdu son souffle et presque toutes ses capacités viriles d’étalon. Au fur et à mesure qu’il baissait dans ce domaine, ses pratiques se raréfiaient. A tout âge, la femme, quitte à faire un peu semblant, peut toujours être disponible pour l’amour physique. Il n’en est pas de même de l’homme qui, lui, doit prouver sa vigueur et ne peut jamais simuler…

La comtesse vivait dans une belle gentilhommière fin XVIIème avec une gouvernante, sorte de dame de compagnie, vieille fille à lunettes un peu pimbêche, dont la besogne principale consistait à lire pendant deux à trois heures l’après-midi, des livres à Madame qui n’y voyait presque plus . Une grosse cuisinière, son mari, chauffeur de Madame et Virginie, la jeune femme de chambre, formaient l’ensemble de la domesticité. La Comtesse vivait modestement, retirée dans ses terres et ne montait plus qu’une fois ou deux par an dans la capitale.

Mais il n’en fut pas toujours ainsi. Dans la splendeur de sa jeunesse, elle fit partie de la jet-set, écuma raouts, parties, rallyes et club privés où elle rencontra le fringant Massimo. L’idylle fut de courte durée. Au temps de sa gloire, l’italien ne s’éternisait guère dans les bras de ses belles. Il était saisi d’une telle boulimie qu’il ne cessait jamais de compléter son tableau de chasse.

Fine mouche, la Duchesse, après avoir bien rôti le balai, jeta son dévolu sur l’héritier d’une honnête fortune venue de l’industrie ce qui lui permis de redorer ses propres quartiers de noblesse dont on ne savait pas trop s’ils étaient d’Empire, de robe ou d’autre origine encore moins glorieuse.

Et comme on ne se sépare jamais vraiment d’un amant de la valeur de Massimo, ils se réservèrent encore quelques cinq à sept plutôt torrides. Quand l’industriel eut le bon goût de passer l’arme à gauche, ils n’eurent plus à se cacher du tout. Ils vivaient comme deux vieux amants. Puis les dernières dames de la haute, qui se le repassaient avec des Massimo par ci et des Massimo par là, finirent par l’abandonner. L’italien le vivait très mal…

Une nuit, arriva ce qui devait arriver, la catastrophe, la honte de l’étalon, la panne, la honteuse débandade. La pauvre Duchesse eut beau user des meilleures techniques de la science amoureuse, ni les baisers, ni les caresses, ni les manipulations manuelles ou buccales, rien n’y fit. Le membre dont Massimo avait été si fier, ne réagissait plus. Il restait désespérément flasque.

- Où donc est passée votre virilité, mon ami ? demanda gentiment la noble personne.

- Je ne sais pas, cela ne m’est jamais arrivé, je ne comprends pas, balbutiait Massimo.

Bien entendu, il mentait. A chacune de ses faiblesses, il avait perdu une partenaire. Même les âgées, même les plus décaties l’avaient rejeté. Seule, la Duchesse à moitié aveugle lui était restée. Et voilà que…

- En tout cas, que cela ne se reproduise plus à l’avenir, gronda-t-elle. Vous savez ce que j’attends de vous. Si vous ne pouvez plus me l’apporter, il n’y a aucune raison que vous demeuriez parmi nous.

Il y eut un second puis un troisième essai qui tous furent plus calamiteux les uns que les autres. Massimo se retrouva congédié comme un caissier indélicat ou un laquais paresseux.

Ce soir-là, ses valises étaient prêtes et il n’arrivait pas à se décider à quitter définitivement les lieux. Assis dans le salon, un verre de whisky à la main, il ruminait sa déchéance quand Mademoiselle Françoise entra.

- Que vous arrive-t-il, Massimo ? lui demanda-t-elle.

- Madame me chasse comme un malpropre, pourtant, je ne suis pas fini… Dites-moi, Mademoiselle Françoise que je ne suis pas fini.

- Mais non, Massimo, vous n’êtes pas fini. Vous avez toujours un charme fou et nous adorons toutes la façon dont vous nous racontez vos frasques sur la Côte.

- Et puis, vous ne pouvez pas savoir comme je me sens fringant aujourd’hui. Rien à voir avec l’autre jour…

La demoiselle de compagnie ne voyait pas vraiment à quoi, il voulait faire allusion. Pourtant l’ancien play-boy était loin d’être indifférent à la vieille fille un peu aigrie. Il représentait tellement l’archétype de tout ce qu’elle n’avait jamais connu dans son univers de livres poussiéreux et de cours particuliers pour héritiers capricieux. Pour lui éviter de se retrouver face à face avec la personne qui le faisait tant souffrir, elle l’invita à boire une tasse de thé dans sa chambre.

Elle posa ses lunettes à monture d’écailles noires ce qui la fit rajeunir d’une dizaine d’années d’un coup et elle commença à minauder : « Vous savez, Massimo, vous n’auriez pas été l’amant de Madame, je ne sais pas si je ne me serais pas laissée tenter… »

Massimo considéra la lourde jupe écossaise et le corsage blanc boutonné jusqu’au cou et se dit qu’arrangée autrement, il n’aurait pas refusé la proposition, lui non plus.

Elle croisait les jambes un peu trop haut, gonflait les lèvres et lui lançait ses regards les plus langoureux. Il n’en fallut pas plus pour que l’italien sente très vite une chaleur oubliée irradier son membre. Il se jeta sans réfléchir sur Mademoiselle Françoise et commença à l’embrasser fougueusement. Elle se débattit pour la forme avec des : « Non, Massimo, vous n’y pensez pas, Massimo.. » qui ne firent que l’exciter encore plus. Il fourrageait sous le kilt, tirait sur la culotte en coton et glissait ses pattes dans le chemisier en grognant de plaisir. Il était au comble de la joie, il sentait sa virilité revenir en force et le saisir au niveau des reins. Il culbuta Mademoiselle Françoise sur le lit tout en se débarrassant de son pantalon. Sa partenaire suffoquée se sentait prête à défaillir, mais elle n’en donnait pas moins la réplique avec des halètements rauques et des encouragements salaces. Ce n’était plus non, c’était encore, allez, vas-y, alors qu’il la pénétrait sauvagement d’une verge enfin glorieuse.

Ce fut un accouplement long, sauvage, quasi bestial avec un vacarme à la hauteur du plaisir énorme que les deux prenaient. De l’autre côté de la cloison, Virginie la femme de chambre profitait de tout. Elle finit par venir frapper à la porte de sa voisine pour réclamer plus de discrétions dans les ardeurs.

- Mademoiselle Françoise, dit-elle, quand l’autre apparut au trois quart déshabillée, les cheveux en bataille et les jambes flageolantes, essayez de faire moins de bruit, Madame pourrait monter et vous surprendre. Cela ferait un scandale énorme d’autant plus que Monsieur Massimo devrait déjà être parti depuis ce matin.

- Je sais bien Virginie, mais on ne peut pas faire autrement. C’est Massimo, il est dans un état, vous ne pouvez pas imaginer. C’est terrible, monstrueux, je n’en peux plus, il n’arrive pas à retrouver son calme, vous comprenez…

- C’est votre problème, lança la petite bonne avec une grimace moqueuse.

- Je vous en supplie, venez m’aider. A deux peut-être, en se relayant…

- Vous n’y pensez pas, Madame Françoise, c’est répugnant ce que vous me demandez là !

Elle n’eut pas le loisir de protester plus longtemps. Massimo la happa par un bras, l’attira à l’intérieur et claqua la porte. Virginie eut à peine le temps d’apercevoir un membre énorme dressé vers le ciel qu’elle était déjà sur le lit et que Massimo la chevauchait sauvagement. La dame de compagnie participait allégrement à ce qui se transformait en partie carrée malgré les protestations de la petite qui cessèrent rapidement. Au comble de la folie érotique , Massimo, le visage cramoisi et le souffle court, passait de l’une à l’autre, les prenait par devant, par derrière, insatiable. Il grognait, éructait, accélérait le mouvement, le ralentissait, se faisait sucer, pétrir, reluire, rien n’y faisait. Ses deux partenaires s’étaient prises au jeu. Elles étaient autant sinon plus déchaînées que lui. Mais rien n’y faisait, il n’arrivait pas à conclure. Impossible de lancer l’ultime giclée qui aurait accompagné la jouissance libératrice.

Et tout d’un coup, il poussa un hurlement plus puissant que les autres. Les deux filles étaient têtes bêche. L’homme qui s’échinait au-dessus d’elles s’effondra d’un seul coup, comme un arbre qu’on abat. Transformé subitement en masse inerte, Massimo pesait le poids d’un cheval mort… Il fallut faire appel à la Comtesse, au gardien et à la cuisinière pour libérer les pauvres filles du poids du cadavre du vieux gigolo dont le cœur venait de lâcher. Pour respecter une certaine décence, ils durent encore tirer la dépouille de l’étalon italien jusque dans sa chambre. Et c’est là, sur la table de nuit, que la Comtesse découvrit la boîte vide de Viagra !

(Tous droits réservés)

Nouvelle extraite du recueil “Ulla Sundström” disponible en version papier sur TheBookEdition.com

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