Le légataire universel (Suite)
- Tout diplômé que vous êtes, vous êtes bien plus dangereux que moi. Alors !
- Mais ce qui compte, c’est d’avoir le permis !
- En voilà un gaillard à l’esprit étriqué … Tout est étriqué chez vous, votre avis est étriqué comme votre vie étriquée. Ah ! Le joli jeu de mots ! Riez, mais riez donc !
Je me contente d’un rictus.
- … Ca aussi, c’est étriqué… Monsieur, quand on
rit, toute la gorge doit se libérer. Le rire doit sonner franc et joyeux comme n’importe quel son naturel… Par hasard, vous ne seriez pas protestant ?
- Non.
- Ou presbytérien ?
- Non.
- Ou Mormon ?
- Pas plus.
- Dans ce cas la religion n’a rien à y voir. Ce doit être génétique. Vous n’êtes qu’un triste sire…
- Et vous, vous ne manquez pas de culot !
- Admettez en tous cas que je conduis mieux que vous. Il faudrait être fou pour remettre sa propre mort entre les mains du hasard ! Monsieur, la mort est une affaire sérieuse que l’on doit préparer longtemps à l’avance…
-Ah bon ?
- Sans aucun doute. Je vous soupçonne même de faire partie de cette masse de négligents, de Jean Foutre qui ne se préoccupent de rien… A propos, avez-vous contacté un organisme de pompes funèbres ?
- Non.
- Avez-vous pris rendez-vous chez votre notaire ?
- Sûrement pas.
- …Avez-vous commencé à rédiger votre
testament ?
- Vous n’y pensez pas !
- Vous n’en voyez pas l’utilité, c’est cela ?
- C’est à dire que ma santé est excellente ? A peine une petite grippe par hiver, lui répondis-je. Je me sens très bien et je ne suis pas encore assez âgé pour y penser tous les jours…
- FOU ! s’écria-t-il. Vous ne préparez rien et vous courez vers Elle, vous L’appeler à grands cris… Mais c’est un scandale !
Il m’épuisait, ce bonhomme, je n’avais même plus envie de lui répondre. D’ailleurs, il avait stoppé la voiture le long d’un trottoir juste devant un bar.
- J’en ai assez de conduire… Si on allait s’en jeter
un ?
(A suivre)
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Extrait du recueil “Ulla Sundström” Version papier disponible sur TheBookEdition.com











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