Messages venus de l’Espace

Charles René Mariotti, doyen honoraire de la Faculté des Sciences de Paris regardait son clavier d’ordinateur d’un air perplexe. Sa messagerie électronique était à nouveau saturée de mels et cette sommité de la physique nucléaire, unaniment respectée pour son savoir, ses compétences et ses découvertes, en était à se demander si sa vision ne lui jouait pas des tours et si Monsieur Alzeihmer n’avait pas commencé à s’en prendre à ses extraordinaires petites cellules grises. Ayant allègrement dépassé le cap terrible des sept dizaines de printemps, il était pourtant certain d’encore disposer de toutes ses facultés même s’il ne dispensait plus son savoir qu’à la radio et sur les plateaux de télévision. Son dernier ouvrage « Eons et nucléons », publié chez Gallirion avait rencontré un joli succès d’estime. En fait, il était surtout LE spécialiste reconnu des interventions extra-terrestres, LA caution scientifiques des ufologues, ufomanes et ufolâtres du monde entier. Mais là, il commençait à se demander si le phénomène ne commençait pas à s’emballer un peu…
Une dizaine d’années plus tôt, alors que ses confrères universitaires ne songeaient qu’à profiter d’une retraite paisible occupée à cultiver leur jardin, à remplir des cases de mots croisés ou à se la couler douce dans des pays au climat plus clément que la France, Mariotti avait fondé le CCCP, le Centre de Communication Céleste et Planétaire pour pouvoir continuer à se consacrer à sa passion ovnienne. Ce petit laboratoire privé, financé par divers mécènes qui tenaient à rester aussi discrets que généreux, était doté des meilleurs équipements possibles : émetteurs-récepteurs radio, radars, tuners multi bandes et maxi fréquences, oscilloscopes haute et basse fréquence, antennes paraboliques fièrement dressées vers le ciel, sans oublier les batteries d’enregistreurs et d’ordinateurs indispensables à ces activités très particulières. Passant la plus grande partie de son temps entre deux avions, le professeur Mariotti avait délégué la direction du CCCP à son bras droit, le jeune Jean Casanostra, linguiste spécialisé dans les idiômes disparus comme le sumérien, l’aztèque ou le babylonien. Casanostra était un fringant quinquagénaire mince et barbu aux cheveux mi-longs poivre et sel et aux yeux sombres cachés derrière les hublots de grosses lunettes à monture d’écaille. Mariotti l’appela pour lui montrer la liste impressionnante des messages de la nuit. Le bombardement mélique avait débuté sur le coup de 00h06 pour prendre fin à 06h06 précises.
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Vous avez vu ça, JC ? lui demanda le vieil homme.
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Oui? Et il y en a autant sur la plupart de nos adresses, répondit l’autre.
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On dirait que nos Oummous sont passés à la vitesse supérieure. On approche de la centaine par poste ce matin. La semaine dernière, ils se contentaient d’une dizaine par jour…
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Et l’an dernier, c’était dix par semaine…
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Il est loin le bon temps des lettres sur papier qui arrivaient au compte-goutte par la Poste…
Vous avez vu ça, JC ? lui demanda le vieil homme.
Oui? Et il y en a autant sur la plupart de nos adresses, répondit l’autre.
On dirait que nos Oummous sont passés à la vitesse supérieure. On approche de la centaine par poste ce matin. La semaine dernière, ils se contentaient d’une dizaine par jour…
Et l’an dernier, c’était dix par semaine…
Il est loin le bon temps des lettres sur papier qui arrivaient au compte-goutte par la Poste…
On n’arrêtait pas le progrès, il y avait maintenant près de vingt ans que les Oummos se passaient des services du facteur pour transmettre leurs messages venus de l’au-delà. Ces êtres que personne n’avait encore rencontré et qui se disaient de civilisation supérieure à la notre, suivaient notre évolution et se servaient des méthodes les plus modernes des terriens. Internet n’en était qu’à ses débuts, mais ces Oummos étaient déjà au courant. Que ne savaient-ils pas d’ailleurs ?
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Cette histoire m’ennuie quand même, mon cher Casa. Vais-je devoir parler de ce nouveau développement lors de ma conférence à Los Angeles ?
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A mon avis, il vaudrait peut-être mieux rester évasif sur le sujet, Professeur. Nous n’avons pas que des amis et des sympathisants. Il ne manque pas de sceptiques et même d’opposants acharnés, principalement dans la communauté scientifique…
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Nous ne convaincrons jamais tout le monde, JC. Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut voir ni pire sourd que celui qui ne veut entendre. Railleries et rejets ont été mon lot pendant toute ma vie et j’en ai le cuir tanné. Ces gens-là ne me feront jamais dévier de mon chemin, jamais faillir à ma mission. Je suis la voix qui crie dans le désert ! Je dois annoncer la venue d’une ère nouvelle !
Mariotti avait une fâcheuse tendance à s’emballer assez facilement et à se lancer dans des discours aussi pompeux que grandiloquents, ce qui donnait des arguments à ces adversaires. Jacques Casanostra, plus posé, savait combien le sujet lui tenait à coeur. Il tenta de le ramener à plus de circonspection : « Cher Professeur, nous ne savons absolument pas quelle pourra être cette ère nouvelle dont vous parlez. Ces extra-terrestres nous prodiguent de belles paroles. Mais s’ils en viennent à s’assurer d’une manière ou d’une autre la domination de la planète, qu’adviendra-t-il de nous ? Connaîtrons-nous l’asservissement ou la libération ? La paix ou la guerre ? La concorde ou la discorde ? L’ordre ou la chaos ? L’harmonie ou la cacophonie ? »
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Vous connaissez mon point de vue sur la question, JC. Je suis persuadé que rien de mauvais ne peut advenir de notre rencontre avec les Oummos. Mais ce n’est qu’un point de vue personnel, une conviction qui me vient de ma longue correspondance avec eux… Vous étiez encore au berceau, JC, lorsque, jeune radio amateur, je reçus leurs tous premiers messages en morse. Amour, paix, concorde, unité, fraternité. Jamais un mot hostile. Et cela dure depuis 60 ans !
Casa connaissait par coeur la légende dorée du Professeur. L’autre la lui avait répétée mille fois. Les messages en morse, Mariotti n’avait pas été le seul à en capter. Des opérateurs de l’armée, de la marine, des aiguilleurs du ciel pouvaient aussi s’en vanter. Emanant de simples pékins ou de grands scientifiques, des dizaines de rapports avaient atterri sur les bureaux des autorités pour finir au classement vertical ou dans les catacombes d’archives poussiéreuses. Certains en firent des émissions pour le grand public qui déclenchèrent intérêt, passion ou même panique quand un plaisantin nommé Wilson Well annonça le débarquement imminent des Martiens à New-York.
Mais tout retomba lentement dans l’oubli jusqu’à l’affaire Boswell…
Un OVNI, ou du moins ce que l’on voulut prendre pour tel, s’ écrasa au Nord-Ouest de Boswell, Nouveau Mexique, pendant l’été 1947. L’armée américaine intervint rapidement et de manière efficace pour récupérer les débris après avoir été informée de leur existence par un employé d’un ranch. Les débris (ne ressemblant à rien de ce que ces hommes hautement qualifiés avaient déjà pu voir) furent expédiés sans délai dans au moins trois installations gouvernementales. Les autorités expliquèrent qu’un ballon météo avec radiosonde, avait été trouvé et avait temporairement perturbé les écrans de radar de l’armée de l’air… L’affaire aurait pu en rester là si des agents gouvernementaux n’avaient pas confisqué les notes des journalistes et empêché la diffusion de l’entretien enregistré avec le paysan. La maladresse du gouvernement avait entretenu le doute. Tenants et opposants de la thèse martiennes se retrouvèrent dos à dos avec un léger avantage pour les ufologues. Cette précipitation à faire disparaître indices et preuves demeurait louche. Le temps, ce grand dispenseur d’oubli, enveloppa de son manteau d’insouciance l’étrange affaire Boswell dont la presse et par conséquent l’opinion publique finirent par se désintéresser.
Mariotti resta seul avec ses messages en morse qu’il avait pris la précaution d’enregistrer sur bande magnétique. Il en était aux lettres sur papier qu’il recevait à une fréquence d’une par mois, puis par quinzaine, puis par semaine, quand éclata l’affaire Airwell qui commença à sérieusement discréditer la cause… Un certain Claude Vermillon qui avait été d’abord chanteur de bal spécialisé dans les imitations de Jacques Brel, puis rédacteur en chef d’une éphémère revue de sport auto appelée « Auto-Splash », déclara à qui voulait l’entendre qu’il avait vu une soucoupe volante se poser doucement à côté de lui une nuit alors qu’il était allé observer les étoiles seul sur le plateau de la Vache, non loin d’Ambert, petite ville de l’Auvergne profonde. Un extraterrestre parlant français en serait sorti et lui aurait confié la mission de délivrer un message à toutes les nations de la terre. Il lui aurait donné son nom de prophète, « Airwell » ou « ERrouelle » qui signifierait « L’Envoyé Céleste des Eloums au Monde terrien et aux tribus nationales désunies ». Il serait resté une petite semaine à l’intérieur de la soucoupe pour être formé par ses nouveaux maîtres. Ils lui auraient appris qu’ils avaient créé toutes les formes de vie sur terre grâce à leur avance technologique et scientifique de plus de 25 000 ans et à leur maîtrise absolue du génie génétique. Les prophètes comme Bouddha, Jésus ou Mahomet ne seraient que des envoyés spéciaux des Eloums dont le message aurait été mal compris, mal transmis et déformé au cours des siècles. La mission d’Airwell-Vermillon consistait à fonder une sorte d’ambassade et de préparer leur retour ici-bas. Il prétendit avoir rencontré en personne Moïse, Abraham et Bouddha et avoir longtemps conversé avec ses demi-frères Jésus et Mohammed lors d’un voyage sur une planète merveilleuse remplie d’êtres accomplis, éveillés et pacifiques dont il ne put que partager la philosophie faite d’amour, de plaisir, de liberté et de connaissance. Il voulut appliquer ces beaux principes dans la secte qu’il fonda et se retrouva assez vite accusé de pédomanie et de harcèlement sexuel de la part d’anciennes adeptes lassées de servir d’objets sexuels au « maître » qui se réfugia à l’étranger pour échapper à la justice française. Auparavant, il reçut la visite du grand écrivain Michel Huelebouc, homme d’une insatiable curiosité, qui cherchait surtout à se documenter pour son nouveau roman: « L’impossibilité d’un Archipel » et celle du triste humoriste Déodat N’Golo N’Golo, plus intéressé par la théorie politique de Vermillon, la « géniocratie » qui propose de ne donner du pouvoir qu’aux êtres disposant d’un QI très largement supérieur à la moyenne. Vermillon en faisait-il partie ? Rien n’est moins sûr…
Espérant sans doute obtenir une caution intellectuelle de poids, Airwell attribua à l’écrivain athée militant Michel Orfraie le titre de « prêtre honoraire du mouvement Eloumien » qu’il refusa en poussant des cris du même nom. Jamais personne ne l’avait autant outragé, lui, l’immortel auteur du « Discours de la méthode athéiste ». Il répondit à l’offense par un article assassin intitulé : « Airwell, le crétin sidéral ou la puanteur insupportable du journaleux de base… » qui les rhabilla pour l’hiver. Finalement, ce fut le présentateur Christophe de la Vanne qui lui porta le coup de grâce quand il lui demanda lors de son émission « Qui veut déconner avec moi ? » : « Comment étaient les chiottes dans votre soucoupe volante ? » et parvint ainsi à déstabiliser l’ambassadeur patenté des Eloums qui ne put que bredouiller un « Comme les nôtres » peu convaincant avant de sortir sous les huées du public. Il regagna bien vite ses steppes glacées du Grand Nord canadien où il vit comme un pacha, entouré de son dernier carré de femelles consentantes. Quand il ne pratique pas l’amour libre, il fait gronder les moteurs de ses voitures de courses. Il n’est pas tellement à plaindre quoique totalement discrédité et en passe d’être oublié tant que les journalistes ne s’intéressent pas à lui.
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Il nous faut être circonspects, JC, murmura le Professeur qui semblait sortir de sombres pensées. La cause des Oummous a trop souffert de la présence de tous ces charlatans et de tous ces illuminés…
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Certainement, Professeur, mais nous n’avons rien à voir avec eux. Nous travaillons de manière scientifique. Nous disposons de la caution du grand anthropologue Théodore Moineau, de celle de Wladimir Wladirimovic Vogel, prix Nobel de biologie moléculaire et de celle de l’immense chimiste Avram Lévi-Byrd…
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Je connais la liste JC. Elle est d’autant plus longue que ces grandes intelligences reconnaissent que les gages donnés par les Oummous sous forme de démonstrations ou de formules inaccessibles au commun des mortels sont des garanties sérieuses d’authenticité. On est loin des délires d’un Vermillon ou des supercheries d’un Parwell !
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Quel tort il nous a causé avec son émission ridicule celui-là…
Casanostra faisait allusion à une séquence soit disant authentique dans laquelle le téléspectateur horrifié pouvait voir le film de la dissection d’un cadavre vaguement humanoïde qui ne serait pas un corps humain malformé mais un authentique cadavre d’extraterrestre. Sur le plateau, les médecins présents se révélant incapables de décrire la pathologie et l’origine de la créature, cautionnèrent la version de Parwell. On avait autopsié un extraterrestre. Mais tout sombra dans le ridicule quand on découvrit qu’il ne s’agissait que d’une marionnette de latex fabriquée pour les besoins d’un film de science fiction de série X et et qu’elle avait été bourrée d’organes ayant appartenu à une innocente brebis. Viré du jour au lendemain de la télé, Parwell n’eut plus qu’à aller cacher sa peine dans sa bergerie du Larzac. Personne ne voulut croire en sa bonne foi abusée…
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Jamais nous ne tomberons dans le travers du sensationnel, affirma Mariotti. Quoiqu’il arrive et il risque de se passer d’étranges événements, nous nous en tiendrons toujours à notre méthode scientifique, sans jamais dévier de ce cap !
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Certainement Professeur, approuva le bras droit.
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Vous savez, Jacques, je suis un vieil homme. Mon temps est compté. Mais j’aimerais tant ne pas partir avant de les avoir rencontré…
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Et moi alors, surenchérit Casa d’un air extatique.
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Assez rêvé, trancha Mariotti. Voyons ce qu’ils ont à nous dire aujourd’hui…
« From OummoAELEWE112. File 324 655. 2009, march, 5th. 00.16.56.
Monsieur Charles René Mariotti,
Mon nom est AANABAGAA2112 fille de OODORIO3434. Je réside actuellement en Belgique et dépends de mon frère AYAYIOA235 fils d’ADAAGAWA3667 chef des expéditionnaires de l’Europe Occidentale sauf Grande Bretagne, Irlande, Portugal et Espagne. Nous suivons avec intérêt les discussions de vos frères sur la compilation des messages électroniques que vous échangez publiquement entre vous au sujet de notre civilisation d’OUMMO. Nous souhaiterions parfois répondre à certaines de vos interrogations et sommes conscients d’avoir entraîné un sentiment de frustration en restreignant volontairement l’information dévoilée dans nos correspondances avec vous. Sachez que nous avons volontairement omis certaines informations que vous devrez vous-mêmes déduire. Votre développement scientifique vous le permet d’ores et déjà et nous constatons en souriant que vous effleurez parfois certaines réponses sans pour autant les soumettre à une tentative de validation objective.
Votre intérêt pour la logique tétracybernétique ambivalente est méritoire et il s’agit effectivement d’une voie de recherche pour laquelle vous pouvez vous baser sur les développements théoriques effectués par vos penseurs au cours des dernières décennies. L’énigme que semble constituer pour vous notre terme AÏOOYAOUWABADAWAMBA est provoquée par l’indication donnée dans nos rapports à vos frères que ce terme n’avait pas de traduction signifiante simple dans vos langages. Il s’agit de bien comprendre que ce terme n’est pas utilisé par nous de façon courante, hormis par nos spécialistes en WOOLGA WOU-OUA WAAMBABANAGA (cosmophysique théorique), comparables à vos astrophysiciens terrestres. Nous l’employons parfois dans des thèmes philosophiques concernant, par exemple, la finalité des OUAA (lois morales) dans le processus de conformation de notre BOUAWA (âme) après la disparition de notre OEMII (corps).
Pour approcher la signification de ce terme, il vous faut revenir au phénomène étonnant relatif aux nébuleuses toriques IAGGIAAYAOOGOGOYOYO, déjà mentionné à vos frères par le passé. Une baisse soudaine de la température du gaz au sein de ces nébuleuses nous permet en effet de prévoir de futures déformations ou plissements dans la structure tétradimensionnelle locale de notre WAAM (univers) dus à l’interaction avec notre anti-univers OUWAAM. Ce phénomène se produit avant que la cause apparente qui en est à l’origine se soit effectivement produite. Il faut bien comprendre ici que la conséquence mesurable de la distorsion – la baisse soudaine de température du gaz – précède apparemment la distorsion elle-même et ne module en aucune façon son apparition. Vous sauriez interpréter ce phénomène, de façon imagée, comme une ombre que projetterait la vague provoquée dans notre WAAM par les nuages de matière imaginaire présents dans OUWAAM. Cette ombre serait ainsi le reflet d’un phénomène AÏOOYAOUHAIHAIHAI dont l’amplitude et la distance spatio-temporelles sont incertaines, tout comme il serait incertain de retranscrire la forme tridimensionnelle et la distance d’un objet – inaccessible aux sens et aux instruments de mesure – à partir de l’ombre qu’il projetterait sur le sol.
L’analyse des données au moment de la survenue de ce phénomène permet d’affiner les paramètres du modèle mathématique que nous allons injecter dans le SANMOO (ordinateur) de chaque OAWOOLEA OUEWA OEM (vaisseau spatial) destiné à voyager au travers des conditions isodynamiques relatives au prochain plissement. Toutefois le modèle est imprécis car, si nous savons déduire avec une approximation correcte l’amplitude du plissement, nous ne savons pas prédire avec exactitude le moment auquel il va s’amorcer. Nous devons parfois attendre plusieurs mois avant qu’une expédition, préparée en quelques jours, initie son voyage.
Veuillez m’excuser pour cette digression mais elle me paraît nécessaire pour vous introduire ce terme qui se réfère à un phénomène seulement observable par ses conséquences mais qui reste lui-même partiellement indéterminé du fait qu’il se trouve hors de notre champ de perception inévitablement limité et subordonné aux perturbations stochastiques du WAAM qui modulent nécessairement l’information véhiculée par le flux temporel. Aussi AÏOOYAOUYOUYOU est un terme que nous employons pour décrire l’état d’existence potentielle des particules subatomiques soumises à l’indétermination quantique. Ainsi l’état d’existence AÏOOYAAYAYOU est inapplicable aux électrons qui évoluent autour des noyaux atomiques et dont on sait seulement percevoir les effets rémanents à l’intérieur d’une enveloppe spatio-temporelle prédictible au niveau de nos échelles de mesure. Nous vous avons affirmé aussi que l’intégration de l’âme de votre frère Sylvio Oliveira de Carvalho dans votre psyché collective aura une influence sur le comportement d’un certain nombre de vos frères. Sous cette influence AÏOOYAOUAHIMSA, des effets psychosociaux mesurables apparaîtront logiquement dans un moyen terme. L’acte barbare et la succession d’imprudences inexcusables qui sont à l’origine de la mort de cet homme sauraient alors être qualifiés de rétropositifs si ces effets psychosociaux prévisibles surviennent effectivement.
AÏOOYAOUYOUYA peut parfois se projeter dans l’axe classique AÏOOYAA / AÏOOYEEDOO (vrai / faux) si l’actualisation du phénomène prédit survient ou lorsque la certitude qu’elle ne surviendra pas est atteinte. S’il faut absolument tenter de mettre une signifiance en linguistique terrestre sur ce terme, AÏOOYAOUYOUYA serait l’état d’un phénomène pré-indéterminé dont l’émergence est perceptible ou fortement prédictible mais dont plusieurs actualisations sont envisageables en fonction des différentes distorsions inhérentes au flux temporel qui sauraient moduler sa concrétion. Je crains cependant que cette définition absconse soit une source de confusion pour vous.
Je vous invite fortement à réfléchir sur la notion de rétropositivité introduite ci-dessus, malheureusement fort souvent rejetée par vos frères, qui remet en perspective un acte qui saurait être qualifié de négatif ou malveillant sur l’instant mais dont les conséquences à terme – évaluées avant sa réalisation – compenseraient largement le trauma causé au moment de cet acte. Cette notion est cruciale pour nous, en particulier dans les sphères médicales et éducatives. La notion symétrique de rétronégativité est tout aussi importante. Je vous prie également de réfléchir sur l’aspect particulier de cette correspondance. Vous ne devez prendre les affirmations contenues dans cette lettre que pour ce qu’elles sont en toute logique : des phrases invérifiables et d’origine douteuse, sans doute écrites par un plaisantin. N’importe lequel de vos frères vous opposerait l’argument que vous auriez su écrire cette lettre vous-même et qu’elle ne contient rien de transcendant ni aucun élément objectif d’identification. Je vous conseille pour cela de garder cette correspondance pour vous seul ou de la détruire si vous la trouvez par trop dérangeante. Vous pouvez, si vous le désirez, tenter d’exposer les prémices exposées dans ce document à vos frères en leur laissant supposer que l’idée est vôtre ou qu’elle vous a été inspirée par une amie.
Acceptez, Monsieur Mariotti, que j’appose ma main contre votre poitrine en gage d’amitié respectueuse suivant la coutume en vigueur sur notre monde.
Pour OUMMOAELEWE :
ANABAGAA2112 fille de ONODORIO3434, approuvée par AYAYIOA235 fils d’ADAAGAWA 3667
)+(
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Vous voyez, JC, il y a la signature qui identifie l’opération de nos deux mondes.
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Il y a même l’annexe de caution scientifique, ajouta Casanostra.
« ANNEXE : CONSIDERATIONS GENERALES SUR NOTRE RAISONNEMENT FORMEL TETRAMBIVALENT
Nous basons notre système tétrambivalent sur la non acceptation formelle du rejet d’un terme médian et d’un terme tiers dans la dialectique. Dans ce système ce qui N’EST PAS se différencie du complémentaire de ce qui EST. Nous acceptons qu’un phénomène puisse à la fois ETRE ET NON ETRE ou NI ETRE NI NON ETRE. Il est certain que de telles distinctions ontologiques sont rarement prises en considération dans la réalité quotidienne. Elles ne sont toutefois pas inconnues de vos penseurs et vous en trouverez les premières ébauches dans la littérature platonicienne ainsi que dans les textes fondateurs de la philosophie bouddhique.
A et B étant deux ensembles de réalités ontologiques opposables dans la dialectique, ce système conduit à accepter les quatre combinaisons suivantes : X1 = {X A B}, X2 = {X A B}, X3 = {X A B}, X4 = {X A B}. Vous devez traduire ici A et B par « N’EST PAS A » et « N’EST PAS B ». Aucune des quatre formes de réalité n’est la simple complémentaire d’une autre.
Nous en donnons un exemple simple dans le schéma ci-dessous en considérant le jeu de couleurs fondamentales rouge, jaune et bleu. Jaune représente alors l’état (A) AÏOOYAA (existence vérifiable) et rouge l’état (B) AÏOOYEEDOO (irréel ; hors de tout cadre de vérification). La couleur orange est un composé de rouge et de jaune, la couleur bleue n’est composée ni de jaune ni de rouge. Dans cette logique le complémentaire de AÏOOYAA n’est pas AÏOOYEEDOO. Ainsi la proposition pour vous contradictoire « X EXISTE » et « X N’EXISTE PAS » est, suivant le contexte :
- réduite à une impasse formelle Ø : (A A) ou (B B) ;
– réduite à une réalité phénoménologique potentielle ou partiellement indéterminée (A B). Cet état AÏOOYAOU est bien résumé dans le paradoxe imaginé par votre penseur Schrödinger qui conduit à la déduction de deux états potentiels contradictoires superposés dus à la nature quantique des phénomènes mis en oeuvre dans l’expérience ;
– étendue à une existence AÏOOYA AMMIÈ (B A), invérifiable hors d’un champ de conscience individuel ou collectif. Se situent à ce niveau les processus intellectifs associés aux concepts abstraits, ou les émotions de nature empathique ou compassionnelle, que beaucoup de vos penseurs associent à des phénomènes d’origine purement biochimique et que nous externalisons partiellement aux entités transcendantes que sont l’âme individuelle (BOUAWA), la psyché collective (BOUAWEE BIAEII) et Dieu (WOA).
L’imprécision de vos expressions linguistiques m’oblige ici à expliciter qu’une forme irréelle, traduite par « N’EXISTE PAS », reste en absolu une forme d’existence dans l’AÏOODI qui regroupe chaque forme d’existence susceptible d’être envisagée par une forme de pensée quelconque du WAAM-WAAM. Notre capacité cognitive limitée ne saurait définir une forme absolue de non existence.
Nous acceptons ainsi, au cours de nos développements philosophiques ou mathématiques, l’apparition d’éléments que vous qualifieriez de contradictoires en raison de la coexistence possible de l’ETRE et du NON ETRE ou de la réfutation des deux. Ainsi, l’élaboration des solutions lors du calcul formel provoque nécessairement des branchements divergents. Chacune de ces divergences doit être explorée jusqu’à son terme de façon à confirmer ou infirmer a posteriori et par déduction logique chacune des voies engendrées par chaque IBOSZOO IOUBOO (point d’incertitude) du réseau de possibilités ainsi développé. Je vous joins à titre illustratif le schéma ci-contre, sans signification propre, comprenant deux de ces points.
Vos scientifiques se voient également confrontés à de telles classes de problèmes après un processus déductif correctement construit. Ils ne savent pas, par exemple, couper pour l’instant le point d’incertitude laissé par la théorie élaborée par votre éminent penseur Albert Einstein. Cette théorie, en effet, ne permet pas de trancher entre les trois classes de modèles cosmologiques qui restent encore admissibles pour vous : courbure négative, nulle ou positive de la structure tétradimensionnelle du WAAM. Ce stade fut inévitablement atteint sur OUMMO dans les temps anciens. Vous affirmer que la première solution est la seule qui permet d’expliquer les observations effectuées dans ce WAAM serait vous obliger à une profession de foi. Vous devez arriver à cette conclusion en écartant par des preuves indiscutables les deux autres modèles et, coupant ainsi le point d’incertitude et par là même tout doute possible, vous imprégner des propriétés fascinantes de la géométrie hyperbolique pour préciser ou redéfinir votre modèle cosmologique. Vos scientifiques doivent – et cela est sain – suivre jusqu’au bout l’intuition qui les incline à explorer en priorité l’une des branches possibles afin de développer la théorie qui découle de ce choix. Ils ne doivent pas, toutefois, élever leur cheminement de pensée en doctrine tant que le point d’incertitude subsiste en amont et que leurs travaux n’ont pas abouti à trancher définitivement la question.
Au cours du raisonnement, tout branchement aboutissant à la déduction de la valeur Ø est disqualifié et réduit (coupé) au niveau du dernier IBOSZOO IOUBOO à partir duquel il fut engendré. Un branchement engendrant un point d’incertitude déjà généré en amont est figé en attendant que le noeud générateur soit réduit par ailleurs ou que les autres branchements soient réduits ou également figés – donnant alors au problème une solution non déterministe. Le raisonnement est abouti lorsque tous les branchements aboutissent à un singleton (*) ou à une indétermination irréductible. Ainsi, le calcul formel que nous utilisons n’est pas déterministe : il sait engendrer plusieurs conclusions non incompatibles. Chaque IBOSZOO IOUBOO doit être confronté aux observations empiriques pour tenter de privilégier un branchement déductif. Certains travaux ayant pour seul but de réduire un point d’incertitude par perfectionnement du modèle prédictif occupent parfois des générations de penseurs sur OUMMO. Nous évitons toute tentative de démonstration utilisant le principe de réduction par l’absurde. Ce principe, encore fort en vigueur chez vos scientifiques, rend le raisonnement aveugle.
Nous adoptons dans tous les cas, comme vous, le principe d’identité ou d’idempotence (*) : X o X = X. La négation est remplacée par le principe de complémentarité : le résultat de la complémentation () est l’ensemble des valeurs possibles diminué de la valeur complémentée. X1/{X1,X2,X3, X4} = {X2,X3,X4}. Ainsi en logique binaire, la complémentation définit la négation classique : Vrai = Faux /{Vrai, Faux} et symétriquement Faux = Vrai/{Vrai,Faux}. De la même façon que vous introduisez les quantités discrètes 0 et 1 dans votre algèbre booléenne nous utilisons quatre valeurs logiques de base représentables dans cette symbolique par {01, 10, 01, 10}. L’exploration du graphe nodal d’un problème par le calcul formel consiste à obtenir une réduction à l’une des deux tautologies parmi {11, 00} qui valident une solution ou à l’une des deux impasses formelles parmi {11, 00} qui réfutent alors les hypothèses posées au niveau du dernier IBOSZOO IOUBOO.
Nous utilisons bien entendu dans nos raisonnements une vaste gamme d’opérateurs logiques ou causaux restrictifs qui sont nécessaires pour contraindre l’explosion combinatoire engendrée au cours du calcul formel. Les variables injectées dans le calcul sont elles-mêmes reliées par des relations contraignantes spécifiques au problème traité. »
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J’ai reçu exactement la même lettre sur mon ordinateur, remarqua Casnostra. Je me demande pourquoi ils multiplient ainsi leurs envois…
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D’autant plus qu’ils me l’ont envoyé en plusieurs exemplaires, ajouta Mariotti qui venait d’ouvir un à un ses messages.
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Sans doute veulent-ils marteler l’information…
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A moins qu’ils n’aient le doigt trop lourd quand ils appuient sur la touche « envoi »…
Toute la matinée, le téléphone n’arrêta pas de sonner. Des dizaines d’autres scientifiques, de journalistes et de personnalités de toutes origines en avaient reçu autant. Tous voulaient recueillir l’avis du grand spécialiste. La radio puis la télévision s’en mêlèrent illico. Pas un bulletin d’information qui ne fit mention de cette avalanche de messages. Mariotti passa dans le journal de vingt heures où il tenta de rassurer l’opinion. Au total, il en avait reçu pas loin de 6000 messages dans ce style et le CCCP avait dû en recenser plus du double à travers le monde. Toutes portaient le fameux sceau oummousique, même si elles dataient de plus de trente ans et même si elles étaient signées d’autres noms d’extraterrestres. Cette recrudescence n’augurait pas forcément une arrivée imminente des Oummous sur notre planète, concluait-il.
Malheureusement, les deux guignols Airwell, alias Claude Vermillon, et Parwell n’eurent pas la prudence du vieux professeur. Sentant l’heure de leur revanche venue, ils se répandirent dans les médias tout heureux qu’enfin des micros leur soient tendus et que les caméras soient à nouveau braquées sur leurs visages rayonnants.
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Vous voyez que je n’avais pas menti, disait le jouisseur des neiges, mes Eloums existaient bien, c’étaient des Oummous, tout simplement. Préparons-nous à les recevoir dignement, ils ne vont pas tarder, c’est sûr…
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Et moi, rajoutait l’animateur déchu, mon homme de Boswell, c’était également un premier envoyé des Oummous. Comme les hommes l’ont tué, ils ont mis du temps avant de se décider à revenir chez nous, voilà tout. A l’époque, j’ai été injustement rejeté, bafoué, calomnié. On a monté de toutes pièces cette histoire de mannequin en latex pour cacher la vérité à l’opinion. Vous ne pouvez pas savoir ce que j’ai pu souffrir moralement… Mais je n’en veux à personne, la mission dépasse l’homme.
Le résultat ne se fit pas attendre. Des centaines de passionnés d’ovnis, d’E.T. et de paranormal s’installèrent sur la colline de la Vache, lieu des prétendues rencontres du troisième type, prêts à accueillir la première soucoupe volante des Oummous. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, ils étaient plusieurs centaines à attendre de jour comme de nuit ces êtres bienveillants. Ils allaient arriver, c’était sûr. Ils allaient transformer le monde et eux seraient leurs tout premiers disciples. Peut-être auraient-ils la chance de figurer dans les rangs des 144 élus…
Tout ce tapage médiatique attira également l’attention du service de répression de la délinquance informatique, le SRDI, composé d’une trentaine d’ e-cops, informaticiens au service du bien, qui passaient leur temps, les yeux rivés sur les écrans scintillants de leurs ordinateurs, à traquer déviants, hackers, truands et escrocs du monde virtuel. Cette histoire d’invasion des boîtes mels de la communauté scientifique et journalistique les intrigua beaucoup. Autant il était autrefois difficile de retrouver les auteurs d’envoi de lettres postées à Castelnaudary, Guingamp, Paris, New-York ou Buenos-Aires, autant il était facile pour eux de retrouver les IP des machines qui avaient envoyé tous ces messages électroniques. Et derrière chaque PC, ils découvrirent un humain jouant sans souci de son clavier, ou plutôt deux. D’anciens élèves du Professeur Mariotti qui avaient monté ce canular pseudo-scientifique juste pour se venger d’avoir été collés au passage de leur Master. Ils furent interrogés dans les locaux poussiéreux du SRDI et passèrent très rapidement aux aveux. Oui, ils étaient responsables de tous les messages envoyés depuis le début de l’affaire. Ils avaient même mis au point un système de distribution automatique généralisée en se servant des techniques utilisées par les publicitaires pour envoyer leurs spams dans tous les azimuts. Les enquêteurs firent également la lumière sur la provenance des dizaines de lettres envoyées par la poste. Leur auteur n’était autre qu’un certain Paco Rabbouni, le père d’un des deux ex-étudiants. Condisciple de Mariotti, rival moins doué dans ses recherches, il avait vu sa carrière brisée quand le Professeur avait démonté de manière magistrale certains points faibles de ses théories lors d’un colloque vers la fin des années soixante. Les jeunes s’étaient contentés de suivre la voie de leur aîné en modernisant le support mais en conservant le modèle de courrier avec sa fameuse caution « scientifique ».
Cette découverte fit l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel serein. D’un seul coup, l’opinion en fut toute retournée. Les ufologues, ufolâtres et ufomanes rasèrent les murs ou disparurent dans la plus totale discrétion. Orfraie et tout ce que comptait la place de Paris comme cartésiens, rationalistes et opposants acharnés au phénomène battirent triomphalement les estrades.
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Roswell, Airwell, Parwell, bidon, bidon et rebidon !
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On vous l’avait bien dit. Martiens, sélénites et soucoupes volantes ne sont que création d’esprits malades ou malfaisants…
Les gros titres des journaux rivalisaient de cruauté : « Le professeur Mariotti ridiculisé », « Une sommité du monde universitaire abusée par deux petits malins ». Ils parlèrent même de supercherie et de canular estudiantin en s’interrogeant sur les capacités intellectuelles déclinantes du vieil homme. Du jour au lendemain, Mariotti se retrouva « persona non grata » à la radio et à la télévision et également la risée de ses collègues scientifiques, ce qui le toucha encore plus. Jacques Casanostra continua un temps à gérer les affaires courantes de la boutique CCCP, mais le coeur n’y était plus. Le Professeur avait disparu de la circulation. Certains croyaient savoir qu’il se cachait au fond de la Patagonie et qu’il ne voulait plus voir personne. Une vie de rêve et de travail s’était écroulée devant lui. Les allumés du monde de la Vache avaient déserté les lieux depuis longtemps, désespérés à l’idée que leurs idoles n’avaient peut-être existé que dans leur imagination enfièvrée. Il ne faut jamais retirer leurs rêves aux gens et surtout pas leurs rêves d’enfant. On enregistra un taux record de suicides dans leurs rangs cette année-là.
Quelques mois passèrent tristement. Le CCCP vivotait. Sponsors et mécènes se faisaient tirer l’oreille pour renouveler crédits et subventions. JC avait licencié la quasi totalité de son équipe et se demandait s’il n’allait pas devoir fermer définitivement la structure. Mais, fidèle parmi les fidèles, il ne pouvait s’y résigner tant qu’il n’aurait pas obtenu le feu vert de Mariotti. Un soir, la porte du centre refermée sur une morne journée de travail inutile, JC marchait le long d’un trottoir avenue de Suffren. L’air était doux, la soirée calme, étrangement calme. Le quartier de l’Ecole militaire, peu réputé pour son agitation frénétique, était encore plus désert que d’habitude et pourtant il n’était pas tard. Il dirigea ses pas vers l’esplanade du Champ de Mars. Ce n’était pas son chemin habituel, mais il était perdu dans ses pensées et quelque chose l’attirait vers la vieille dame de fer qui brillait de tous ses nouveaux leds scintillants dans cette nuit exceptionnelle. Il se trouvait à la hauteur du rond point quand une lueur aveuglante lui cacha la Tour Eiffel. Il se sentit comme environné de lumière, de chaleur. Ses yeux ne voyaient plus rien, mais la sensation ressentie n’était pas du tout désagréable. Il avait l’impression d’être soudain aux limites du monde des hommes. Il entendit une voix féminine douce, persuasive avec un très léger accent synthétique, lui susurrer à l’oreille : « C’est moi, ONABAGAA2121… Je suis venue te chercher, Jacques Casanostra… Acceptes-tu de me suivre ? Il est temps pour toi de parvenir à la Connaissance… Viens avec moi… »
Incapable d’émettre la moindre parole, Jacques se sentait comme pétrifié de confiance et de béatitude. Il sentait qu’ONABAGAA irradiait d’amour et de tendresse à son égard. Il se laissa entraîner vers la lumière éblouissante…
Il réapparut six mois plus tard. Pour être tout à fait honnête, un être à la fois très ressemblant et très différent de lui se présenta dans les bureaux du CCCP. Les traits étaient les mêmes, mais tout le côté étriqué, besogneux, inquiet et soumis du personnage avait disparu. Vêtu d’une sorte de longue robe de lin blanc, le nouveau Casanostra marchait pieds nus et semblait se moquer du froid et ignorer les regards interrogateurs des passants. Il portait les cheveux fort longs coiffés en bandeaux séparés par une raie au milieu. Il ne s’encombrait évidemment ni de montre, ni de téléphone portable, ni de collier, ni de bague, ni du moindre colifichet métallique. Même ses grosses lunettes d’écaille avaient disparu. Le Professeur faillit tomber à la renverse en le voyant…
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C’est vous Casanostra ? C’est bien vous ?
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Oui, mon frère humain, c’est bien moi… Enfin, mon moi transfiguré. Je suis re-né chez les Oummous. Maintenant mon nom est Horrwell…
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Ne me dîtes pas que vous les avez rencontrés, Casa, après tout ce qui s’est passé !
L’homme à la tunique blanche n’avait même pas remarqué que le laboratoire était vide. Appareils récepteurs et ordinateurs avaient tous disparu. Et le Professeur n’était revenu que pour récupérer quelques papiers et documents personnels. Il devait rendre les clés dès ce soir. Le lendemain, une société d’assurance viendrait s’installer dans les locaux abandonnés par le défunt Centre de Communication Céleste et Planétaire.
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Et si, frère Charles René, non seulement j’ai rencontré les Oummous, mais en plus ils m’ont emmené sur leur magnifique planète…
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Ah! Non, s’exclama Mariotti très énervé. Ca ne va pas recommencer comme avec Vermillon ! La plaisanterie ne marche qu’une fois avec moi ! Je suis un scientifique ! Il ne faut pas me prendre pour un gogo !
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Je ne me moque pas de vous, mon frère, lui répondit le nouveau JC en écartant les bras et en le fixant de son regard bleu rempli de douce compassion.
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Et qu’est-ce que c’est que cette tenue ridicule ? Vous êtes déguisé ou quoi ?
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Je suis venu pour te réconforter mon frère… pour te faire partager la bonne nouvelle de l’amour oummousique…
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Arrête, Casa, arrête ! Tu vas me rendre fou… Un garçon aussi sérieux et aussi honnête que toi… Se déguiser comme si c’était Carnaval… Me raconter pareilles folies…
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Ce ne sont pas des folies, mon frère, juste la belle réalité de l’amour tétrambivalent…
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Allez-vous-en, Monsieur… Monsieur ? Comment donc t’appelles-tu ?
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Horrwell. Ou frère Ho si vous préférez. Nous n’avons pas droit aux chiffres, n’étant pas totalement d’essence oummousique…
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Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? s’interrogea le Professeur.
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Oui, j’ai été transfiguré, reconfiguré physiquement et mentalement si vous préférez… pendant mon séjour sur Oummo. Ils m’ont rempli d’amour et de miséricorde pour que je puisse transmettre le message. Et par qui commencer sinon par vous, mon bon maître…
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Vous êtes si bizarre, Casa. Votre regard. Vos manières… Non, ce n’est pas possible… Je n’y crois pas. C’est encore un canular. Vous me décevez, JC. Enormément. Je croyais avoir touché le fond avec cette histoire, mais là vous me donnez le coup fatal !
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Je vous aime, Charles René, je vous ai toujours aimé…
Et il s’avançait vers lui, bras écartés dans cette même attitude christique, l’inondant de bonnes vibrations et de lumière oummousique. Mariotti reculait pas à pas, partagé entre la colère, le dégoût et la peur. L’autre poursuivait ses déclarations d’une voix douce, posée, insupportable…
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Je n’ai jamais osé vous le déclarer autrefois… Je vous aime d’un amour total, absolu. Mes maîtres Oummous m’ont ouvert les yeux. Ils ont fait se déployer à l’infini toutes mes facultés d’amour…
Il n’y a pas d’Oummous ! Il n’y a jamais eu d’Oummous ! C’était un bobard, un canelar, un mauvais coup de deux crétins d’étudiants de mes deux, bordel de merde ! Arrêtez de délirer, Casanostra, ressaisissez-vous, bon sang ! Le professeur avait le sang vif. Il était au bord de la crise de nerf et l’autre qui continuait imperturbable : « Aimons-nous… Rapprochons-nous… »
Eloignez-nous ! N’approchez pas ! Ne me touchez pas, espèce de dingue !
Le nouveau JC n’avait pas cessé d’avancer, bras en avant et amour aux lèvres. Mariotti se retrouva acculé à un mur. Il sentit le contact d’un objet métallique, dur et froid, contre sa jambe droite. C’était un petit extincteur. Sans réfléchir, il l’attrapa et le lança à la figure d’Horrwell qui s’effondra immédiatement. Le Professeur tomba à genoux devant le corps inanimé de son ancien assistant.
Qu’est-ce que tu as fait, imbécile, tu l’as tué…
La boîte crânienne du messager céleste était complètement écrabouillée. Le visage en devenait méconnaissable. Une petite flaque de sang noirâtre salissait le sol carrelé du laboratoire.
Le lendemain matin, les déménageurs, venus installer les meubles de la société d’assurance, découvrirent deux cadavres au lieu d’un seul car le professeur désespéré avait mis fin à ses jours en se pendant au crochet de suspension du hall d’entrée.
L’autopsie de Jacques Casanostra révéla la présence d’étranges nodules métalliques sous la peau des bras et des jambes. Ils ressemblaient à s’y méprendre à ce que certains pierceurs greffent à leurs clients pour les faire ressembler à d’étranges créatures sorties de BD d’inspiration gothiques. L’estomac et les intestins du pauvre prophète étaient totalement vides et son cadavre ne pesait que 42,5 kg. Cette affaire fut traitée en trois lignes dans les gazettes…










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