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EXTRAITS

ullaTiré d’ULLA SUNDSTRÖM (TheBookEdition.com)

Non, je ne l’aimais pas, Ulla, j’en étais amoureux fou, un peu comme un ver de terre peut l’être d’une étoile. Sublime beauté nordique, grande, blonde, des yeux d’un bleu de porcelaine, un visage d’ange et une plastique idéale. Elle avait environ 25 ans et exerçait la profession de top model depuis qu’elle avait remporté à seize ans le concours de l’agence Elite. Sa mère, elle-même mannequin dans sa jeunesse, l’y avait inscrite en totale connaissance de cause. Elle avait fait une très jolie carrière d’une douzaine d’années, puis avait subi un véritable passage à vide de plus de vingt ans avant de rebondir arrivée près de la cinquantaine. Elle posait pour des catalogues d’habillement 3ème âge type Paxon ou Namart. Une mamie de rêve, bien plus appétissante que la moyenne …

      Après avoir partagé son temps entre Londres, Rome, Paris et New York, avoir défilé pour les plus grands, Karl Morgenfeld, Jean-Claude Pottier et tant d’autres et avoir posé pour la couverture des plus prestigieux magazines féminins, Ulla voyait sa carrière subir un net ralentissement. La belle commençait à être un peu âgée dans le métier. Les jeunettes aux dents longues poussaient très fort derrière elle… Et puis la mode évolue sans cesse. Tous les types de beauté se succèdent sur la scène. Ulla, née d’un père allemand qu’elle n’avait jamais connu et d’une mère suédo-hollandaise, n’avait plus tellement la cote, on lui préférait souvent des brunettes mutines, des asiatiques coquines ou des noires torrides.

     Après des années à «l’Echo de la Plaine », je travaillais en free-lance comme journaliste spécialisé dans l’évènementiel et comme compositeur et parolier de chansonnettes dont deux ou trois avaient été rendues célèbres par quelques pointures du show-biz. C’est à ce titre que Simon Rosenthal, le patron de la NGM France, grosse boîte de production de musique de variétés, me contacta pour me donner un rendez-vous dans un restaurant discret de la capitale .

     Il arriva avec Ulla. On aurait dit une adolescente accompagnée de son grand-père. Ridé et bedonnant, il devait bien présenter une différence d’âge d’à peu près quarante ans. Elle le tenait par le bras, très souriante dans son magnifique manteau de fourrure. Cigare au bec, lunettes aux grosses montures d’écaille et visage ingrat, il faisait immanquablement penser à un certain armateur grec bien connu. Débarrassée de sa pelisse, Ulla apparut dans une minuscule minirobe rouge qui mettait particulièrement en valeur une merveilleuse paire de jambes longilignes …

- Laissez-moi vous présenter Ulla Sundström, que vous ne pouvez pas ne pas connaître, me dit-il. C’est la plus ravissante des tops…

     Ulla lui tenait la main, se collait contre lui. Quels rapports pouvaient-ils donc avoir ces deux-là ? Il me répugnait de les imaginer dans un même lit en train de faire l’amour par exemple …

- Enchanté de vous rencontrer tous les deux, répondis-je.  Mademoiselle ne m’est pas inconnue, elle était il y a une semaine sur les plus grands panneaux de publicité de nos rues.

- Oui, c’était pour la campagne Glamour Gloss, dit Rosenthal .

- What a marvelous lipstick, commenta Ulla qui ne parlait pas du tout français.

    Le boss entra immédiatement dans le vif du sujet alors que nous attaquions un châteaubriant et que la belle se régalait d’une salade verte.

« Il s’agit d’Ulla. J’aimerais bien qu’elle se lance dans la chanson. C’est un top célèbre, elle a donc un potentiel qu’il faut exploiter d’autant plus qu’elle doit songer à rebondir. Personne ne peut être mannequin à vie. »

- Ce n’est pas comme journaliste ou manager où on n’a pas à craindre la limite d’âge, plaisantais-je.

     Ma blague tomba à plat, le tycoon ne sourit même pas, il se contenta de reprendre, dans une bouffée de son puant Havane : « Vous nous intéressez en raison de votre double casquette. Je vous propose de préparer Mademoiselle Ulla à sa nouvelle carrière, de lui fournir un début de répertoire de chansons,  du genre de celles que vous avez fournies à Lara Gagnan et enfin de lui écrire quelques articles de promotion sympas et bien tournés… Je peux compter sur vous pour tout ça ? »

- Tout dépend combien vous allongez, répondis-je. Il sortit un stylo de la poche de son costume, écrivit quelque chose sur un coin de la nappe en papier, le déchira et me le tendit.

- Cela vous convient-il ?

     La somme était largement suffisante pour que je ne puisse pas refuser. D’ailleurs, j’aurai même accepté de bosser pour rien tellement Ulla me fascinait déjà.

- Vous aurez un contrat avec la NGM que vous voudrez bien signer. Comme Ulla a un trou de trois mois cet hiver dans son calendrier, il faudra les mettre à profit, dit-il. Vous préparerez tout cela au nord de la Suède dans son chalet familial. Elle veut être tranquille, travailler à son rythme. La NGM fournira le matériel, instruments de musique,  piano, magnéto multipiste, table de mixage, micros et tout le bazar. Venez avec vos brillantes idées, vos chansons et les bandes de play-back. Notre seule contrainte c’est que tout devra être prêt pour l’enregistrement définitif de son premier CD fin février, c’est le seul créneau disponible sur le planning du studio…

- Ca fait un peu court, remarquais-je. Mais pourquoi pas ?

     Je posais quelques questions à Ulla pour savoir quel genre de musique elle aimait et surtout dans quel style elle envisageait de se lancer. Elle me parla de R n’B et puis aussi d’Aretha Francklin et de Tina Turner.

     Un mois plus tard, Ulla vint me chercher à ma descente d’avion. A bord d’une bonne vieille Volvo, elle me conduisit sur des centaines de kilomètres à travers mornes plaines et bois de conifères jusqu’à son chalet, idéalement situé près d’un lac et en bordure de forêt. Il faisait un froid glacial. Une neige épaisse scintillait dans le noir. La Suède me donnait une impression étrange avec ses fermes en bardeaux rouges ou verts perdues dans l’immensité d’un pays vide et triste et où il faisait presque toujours nuit. (…)

LA SUITE EST DANS LE LIVRE…